Quand vous commencez en entrepreneuriat en Afrique, prenez tout ce que vous trouvez. Internet fera le reste. Au Togo, comme un peu partout dans les pays francophones, les jeunes sont orientés vers les études, surtout universitaires.
Il faut avoir des diplômes et c’est une bonne chose. Sauf que les diplômes ne nourrissent pas leur propriétaire et ne paient pas les factures. La solution la plus adaptée pour lutter contre le chômage des jeunes est l’entrepreneuriat.
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Là aussi, je vous arrête tout de suite, tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur. Certaines personnes sont faites pour travailler pour les autres. Si j’ai un conseil à donner à ceux qui se lancent dans l’entrepreneuriat sans grandes ressources, c’est de proposer plutôt des services au lieu des produits.
Il faut, quand on vend des produits, faire du stock et mobiliser un capital, les risques sont plus élevés, sauf pour le drop-shipping. Lorsque vous proposez des services, tâchez d’être le plus polyvalent possible.
Les histoires de « moi je suis sociologue là » il faut oublier. Votre spécialité, c’est là où il y a l’argent, quitte à sous-traiter. Entre 2009 et 2012, j’étais un sérial entrepreneur. Je créais des entreprises à chacune de mes idées, et certaines ont bien marché, c’est la politique qui a tout gâté.
J’avais lancé Horus, une société qui faisait des sondages. Les gens ne s’en rendent pas compte, mais c’est une énorme niche. Les nouvelles sociétés ont besoin d’étude de marché, les banques de sondages sur l’intérêt des consommateurs, les grandes sociétés veulent connaître la satisfaction de leurs clients, les ministères ont besoin de collecte de données.
Il y’a de l’argent versé dans ce domaine et moi, j’ai mangé ça proprement. Un jour, le daf d’une banque à laquelle j’avais fait un sondage, à leur grande satisfaction, m’appela et me demanda si je pouvais leur faire une enquête mystère.
Enquête là, je connais. Mystère aussi, je connais. Mais enquête mystère là, je ne l’avais pas encore rencontré. — Oui, oui, bien sûr que je peux vous faire une enquête mystère — et ça va nous coûter combien ? — Laissez-moi discuter avec mes équipes (quelles équipes même, j’étais seul dans l’histoire ci) et je vous reviens.
Pour faire court. Je me suis enfermé une semaine avec mon ordinateur. J’ai acheté des cours en français et en anglais, et j’ai réalisé une enquête mystère qui était meilleure que celle que la banque avait reçue d’un cabinet ivoirien.
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En bon Togolais stupide, j’avais demandé 10 fois moins que les ivoiriens. Pourquoi nous n’aimons pas l’argent même ? La leçon à retenir de mon histoire est la polyvalence, quand vous commencez. Attention, dès que vous trouvez votre voie, spécialisez-vous. Soyez polyvalent et prêt à apprendre.
L’université ne nous apprend pas un métier, mais nous ouvre des opportunités, la première étant notre capacité à nous adapter à des situations inédites. L’université nous apprend à apprendre rapidement. Au Togo, elle nous apprend aussi à souffrir, à courir d’amphi à amphi et à venir à 4h pour réserver une place. C’est une très bonne école. Bref, soyons polyvalents vivants.
Gerry Taama